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    L’enfer est pavé de bonnes intentions

    dimanche 1er mars 2009, par Ydikoi

    La morale n’est plus une question personnelle, c’est devenu une affaire d’Etat, une affaire de l’Etat.

    Dès le départ, personne ne s’est positionné en fonction de ses propres valeurs, de notre Zident à ses opposants, tout le monde se retranchant derrière la loi.

    Seulement, problème, la loi est claire … mais pas tant que ça en l’espèce, puisque officiellement le collaborateur d’un Zident n’a pas de pouvoir à l’Elysée, il n’est que ça : « conseiller ». Exit la loi, on se rabattra donc (au prix d’un gros mensonge, que la plupart des observateurs ont royalement ignoré) sur l’avis de la Commission de déontologie.

    Puisque la lettre de la loi est claire (oui, le secrétaire général adjoint de l’Elysée a du pouvoir ; oui, c’est lui qui, de bout en bout, a géré le dossier), on force la main de la commission pour (faire) décréter que « mais non, c’était une grosse blague en fait » et que « la loi ne s’appliquerait qu’aux ministres » … Ah, scusez nous, on avait pas compris !

    Voilà donc l’avis que rendra sûrement la commission, puisque notre Zident l’a dit, un avis moral, c’est son rôle, un avis qui aura force de loi, puisque personne n’a plus les couilles de se risquer à dire ce qui est bien ou mal (forcément, avec des Montebourg qui pendant 10 ans font campagne contre le cumul des mandats-« c’est mal »- puis finissent par être des cumulards accomplis -« en fait c’est bien »-, c’est bien moins risqué de dire que c’est conforme ou pas à la loi). Et on oubliera au passage que la loi n’a jamais eu pour fonction d’être morale, qui vient au contraire balancer ses excès voir adapter les pratiques de la société à sa morale.

    Cet épisode, c’est la grande mort de la morale privée en politique, au profit d’une morale étatisée, donc à géométrie et interprétation plus que variable. C’est la victoire des lâches.

    Accessoirement, c’est un coup d’état dans la gouvernance de deux sociétés qu’on voudrait croire encore mutuelles, où les sociétaires, via leurs élus, auront été traités comme de véritables larbins d’un pouvoir sans foi ni loi, tout justes bons à s’aplatir devant la volonté Zidentielle.

    Et puis, un dernier mot pour ces élus justement, administrateurs de sociétés mutualistes. Je n’aimerais pas être à leur place aujourd’hui, et devoir assumer rétrospectivement l’abandon des valeurs - pas si vieux que ça, moins d’une dizaine d’année ; la recherche du profit à tout crin et court terme, et les dérives de gouvernance qui en découlent ; et in fine, assumer le diktat d’un pouvoir présidentiel pour qui la fin justifie les moyens.

    Ils auraient pu au moins faire preuve d’un minimum de décence en ne nommant pas François Pérol « à l’unanimité », une seule voix contre, symbolique, aurait fait la différence ; ou en démissionnant, assumant d’un même coup les mauvaises décisions mutualistes passées et leur désapprobation du peu de considération faite de la particularité de leur structure.

    Mais au fond, pourquoi s’en inquiéter ? La commission de déontologie n’y a jamais vu de mal, tout est donc moral, donc légal. Et l’essentiel n’a jamais été de préserver des valeurs, mais sauvegarder la confiance dans un système moribond.

    Ne pleurez pas, c’est trop tard, la messe est dite. Mais que cela nous serve de leçon, à tous les administrateurs de l’économie sociale : l’enfer est décidément pavé de bonnes intentions.

    Si vous êtes terriens (! !), vous avez forcément vu la publicité pour cette banque, un peu partout. Son mot d’ordre : nos clients sont tout sauf des numéros. Ah ça, moi j’aime, surtout quand ça vient d’une banque.

    Alors quand HSBC a racheté, puis donné son nom au franco-français CCF, moi j’étais content. Content parce que Madame ma conseillère, elle était déjà comme ça avec moi. Elle m’appelait quand je jouait un peu trop au con, et elle me disait “Allons monsieur Ydikoi, c’est pas sérieux ça. Bon, il faut vous reprendre hein ! Et faites attention le mois prochain”. Et quand j’allais la voir, on discutait de tout et de rien, de ses petits enfants, de sa retraite proche … et puis bien sûr de mon compte. Elle me félicitait pour les efforts que je faisais pour tenir mon compte, ou au contraire me grondait maternellement sur mes folies.

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    photo cptravelblog

    Moi je l’aimais bien Madame ma Conseillère. Mais elle a dû partir à la retraite, j’étais forcément inquiet, un peu mais pas trop, puisque HSBC c’est la banque qui accepte les différences d’opinion et même qui trouve que c’est un enrichissement. Moi je dis qu’avec un accord philosophique comme ça, on ne peut que bien s’entendre.

    D’ailleurs, quand j’ai rencontré Madame ma NouvelleConseillère, tout s’est tellement bien passé qu’elle m’a même offert d’être SuperClient (Client Premier). Cash, sans contre-partie ! Déjà que j’étais dans une banque de … cadres-sup’, en plus on m’offrait de faire partie de la crème de la crème ! Moi j’ai rien dit, vu le niveau récurrent de mon compte, je m’étonnais un peu. Mais quand on m’offre un cadeau, j’ai pas trop l’habitude de dire que c’est pas justifié, hein ? Alors je me la suis fermé, j’ai empoché la carte bleue dorée qu’on m’offrait (sisi !), et je n’ai plus eu besoin de la revoir.

    Jusqu’à cette semaine, parce que Titine me fait des ennuis, du coup je songe sérieusement à divorcer d’elle. Et un tel divorce, ça se finance, c’est pas cool. Mais c’est cool quand même, parce que je vais rencontrer Madame ma NouvelleConseillère, et même si on est pas d’accord, ça sera pas grave puisque c’est enrichissant les différences de point de vue.

    Alors j’appelle le numéro 0800 pour prendre rendez-vous pour lundi prochain, et je profite de mon statut de SuperClient (aka Premier) pour prendre un rendez-vous dans une agence plus proche de moi. C’est chouette d’être SuperClient, et pouvoir négocier un prêt dans n’importe quelle agence avec de la moquette rouge et des fauteuils super confort. Trop génial, franchement.

    Sauf qu’une heure après, j’ai un message sur mon répondeur de la Madame Conseillère-de-l’autre-Agence qui me dit "ah nanan môssieur, y’a eu erreur, en fait vous êtes pas SuperClient, donc ça marchera pas". Heeeiiiinnnn ?

    - Allô allô le numéro 0800 qu’est-trop-fort parce qu’il vous rappelle tout seul ? Comment ça je suis pas SuperClient ?
    - Ah nan monsieur, c’est vrai ça, vous êtes pas super client. D’ailleurs, c’est normal il faut 75.000€ dans la banque pour être SuperClient !
    - (gloooups … ) Mais mais mais … quand j’ai appelé tout à l’heure, on m’a bien dit que j’étais SuperClient. Et d’ailleurs c’est même marqué sur ma carte bleue dorée, SuperClient
    - Ah bôôôn ? Laissez moi vérifier … Ah oui, tiens, c’est marrant d’ailleurs, parce que votre Madame NouvelleConseillère, elle s’occupe normalement que des SuperClients, alors c’est vrai, c’est pas normal ça que votre fiche dise que vous l’êtes pas …

    Donc : Je ressemble à un SuperClient, j’ai le goût du SuperClient, mais je ne suis pas un SuperClient … hum.

    Moralité de l’histoire :

    Même quand t’es un SuperClient, faut fermer ta gueule, sans ça, sans qu’on te dise rien, tu redeviens un ClientdeMerde comme les autres.

    Mais c’est pas grave, avoir des valeurs différentes rend le monde plus riche.

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    photo lwoowllwoowl

    P.-S.

    Et, oui, j’ai gardé le message téléphonique de la Madame Conseillère-de-l’autre-Agence qui me dit que je ne suis plus un SuperClient, au cas où.